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Faire en sorte que couleurs et formes se parlent comme si elles avaient des choses à se dire dans la discorde ou l’harmonie, parfois les deux… 

 J'aime  me voir   comme une promeneuse outillée dans le monde de la peinture.

 Une promeneuse aimant s’étonner de ce qui apparaît sans intention première sinon celle de se laisser porter et lentement envahir. 

 La toile devient  comme  une voix dont je deviens l’interprète. Cette voix chantée, devenue pinceau par la force des choses,  parle des failles, des fragilités, des doutes qu'en alchimiste, elle vient transformer, peut-être sublimer...

 

Si je m’essaye quelquefois à emprunter le chemin du figuratif, je me sens plus légitime dans l’abstrait où j y  trouve une voie d’expression plus intime et donc plus juste, loin de toute considération technique ou académique.

 

J'aime ainsi   évoquer l’idée de la faille,  de l’érosion,  de l’ébréchure. Au fond, le lent processus  qui précède  l’accident ou la rupture. Accident ou rupture pouvant  prendre la forme  symbolique du sursaut,  de la libération, de la tentative de réparation ou, a contrario, de la radicale transformation qu’impose le temps.

 

De la même manière que j’aime m’attarder sur les détails des êtres et des choses, j’invite à plonger dans l’invisible, dans ce qui n’est pas donné à voir ou à aimer, d’emblée.

Cette plongée dans la singularité va à l’encontre de la carte postale, du poster, du panneau publicitaire. Elle tente de sublimer l’insignifiance apparente et rend grâce à «  l’abîmé »,  en tout cas jugé comme tel.

 

C’est le clou rouillé sur notre passage, c’est le vase fendu, le bout de bois asséché sur le sable, les nervures irrégulières de l’arbre centenaire qu’on ne voit plus.

C’est la branche coupée après la tempête, l’effet du sel sur le rocher, la peinture écaillée du réverbère.

C’est encore  le sillon de la ride sans fard, les cernes naturellement creusés, l’objet brut dans toute sa rusticité. Le monde est ainsi truffé de "majorités invisibles "dont j'aime rompre la discrétion...

 

C’est  donc à partir de ces éléments-là que je restitue - constat évident au fil de mes productions -   l’idée symbolique d’une fragilité   restaurée,  dépassée ou mise à nu. Si ce n'est pas mon intention, c'est  en tout cas mon sujet.

Voir autant qu’écouter : il est là mon voyage en peinture, toujours singulier, hors de tout contrôle, enfin. Ma quête, je le disais,  n'est pas technique; elle vise  le climat...Celui, magique, dans lequel je me plonge quand je peins.

Celui aussi,   difficile à traduire,  qui m'indique, je ne sais comment,  que le tableau est fini.

 Entre voix et voie, les toiles que je réalise sont ainsi des invitations à la croisée de ces deux chemins…

 

 

                                                               YOUNES  Yasmina

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